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Lire de la philo ?!! Oui, c'est possible pour un élève de terminale ! Vous ne serez même pas étonnés si je vous dis que c'est souhaitable. Le contact avec un livre (et pas seulement avec des extraits de quelques lignes) vous permet vraiment de voir ce qu'est une pensée en acte. De cette manière, vous pourrez savoir ce que veut dire analyser vraiment une question, construire des concepts, argumenter.
Les oeuvres qui composent cette liste n'ont pas été choisies dans une perspective d'exhaustivité. De très nombreux "classiques" de l'histoire de la philosophie n'y apparaissent pas.
Mon premier critère de choix a été celui de la lisibilité. Il serait inutile de vous recommander des "monuments" de la philosophie que vous ne pourriez pas lire sans être découragés au bout de quelques pages... Les livres qui suivent sont donc tout à fait accessibles à des élèves de terminale.
Par ailleurs, cette biblio ne contient pas que des livres écrits par des auteurs estampillés "philosophes", mais ils ont tous un intérêt philosophique.

Que fait-on quand on regarde une peinture ? A quoi pense-t-on ? Comment dire, comment se dire à soi-même ce que l'on voit ou devine ? Et comment l'historien d'art peut-il interpréter ce qu'il voit ?
L'auteur est historien d'art. A travers 25 études courtes, il invite son lecteur à une traversée de l'histoire de la peinture sur six siècles, depuis l'invention de la perspective jusqu'à la disparition de la figure.

Ce livre est composé de textes de quelques dizaines de pages chacun. Elle interroge ce qu'elle considère comme les grandes problématiques de notre époque : la question de l'autorité, de la tradition, de l'éducation. Elle définit la philosophie comme l'effort de penser "ce que nous faisons".
A signaler particulièrement : Qu'est-ce que la liberté ? et La crise de l'éducation

Grand classique de la philosophie des sciences qui n'est pas du tout difficile à lire : écrit avec style, de nombreux exemples.
Bachelard, comme le titre l'indique, s'intéresse à la manière dont l'homme acquiert (individuellement) ou a acquis (à travers l'histoire) l'esprit scientifique. Il avance l'idée qu'il faut vaincre les penchants naturels de l'esprit pour construire une démarche rationnelle. C'est dans cet ouvrage important qu'il définit la notion désormais célèbre en philosophie des sciences "d'obstacle épistémologique".

Ce livre est composé d'aphorismes noirs, acides de ce genre :
"On apprend plus dans une nuit blanche que dans une année de sommeil. Autant dire que le passage à tabac est autrement plus instructif que la sieste."
"Chaque fois que le futur me semble concevable, j'ai l'impression d'avoir été visité par la Grâce.."
"Le fait que la vie n'ait aucun sens est une raison de vivre, la seule du reste.."

" 'Qu'est-ce que je serais heureux si j'étais heureux !' Cette formule de Woody Allen dit peut-être l'essentiel : que nous sommes séparés du bonheur par l'espérance même qui le poursuit. La sagesse serait au contraire de vivre pour de bon, au lieu d'espérer vivre. C'est où l'on rencontre les leçons d'Epicure, des stoïciens, de Spinoza, ou, en Orient, de Bouddha. Nous n'aurons de bonheur qu'à mesure qu'à proportion du désespoir que nous serons capables de traverser. La sagesse est cela même : le bonheur, désespérément. "
André Comte-Sponville

Comment atteindre le bonheur, c'est-à-dire, pour le stoïcien qu'est Epictète, l'absence de trouble ? Il s'agit fondamentalement de distinguer "ce qui dépend de nous" et ce qui n'en dépend pas. Réflexion sur les désirs, la conduite de la vie, la mort, ce livre se veut un manuel pour ceux qui veulent atteindre une vie bonne.

Ce livre nous propose une réflexion sur l'écologie loin des discours consensuels et plein de bons sentiments. Evidemment, nous devons prendre soin de notre environnement, cela n'est pas à débattre. Mais au nom de quoi ? Pourquoi ? Ferry montre qu'il ne faut pas parler de l'écologie au singulier, mais au pluriel : il y a différentes manières d'être écologiste, c'est-à-dire de se représenter le rapport de l'homme à la nature, de penser le statut du non-humain.

Comme son titre l'indique Freud ici se fait pédagogue et explique les concepts clés de sa théorie : Qu'est-ce qu'un traumatisme psychique ? Un symptôme ? Le refoulement ? Comment interpréter les rêves ? etc...

Freud publie ce texte court un an après L'interprétation des rêves. Il y expose de manière beaucoup plus didactique, sa conception du rêve comme "accomplissement d'un désir infantile refoulé". Il démonte aussi les mécanismes du travail du rêve et donne les clés de son interprétation.

L'auteur est biologiste et historien des sciences. Il fait ici l'histoire des tentatives "scientifiques" (de la craniométrie aux tests d'intelligence) pour expliquer par un strict déterminisme naturel les différences de capacités ou d'intelligence entre les races et les individus.
Où l'on voit que les sciences et les scientifiques ne sont pas toujours du côté des "Lumières"...

Dans ce texte manifeste de la philosophie des Lumières, Kant établit que l'accès à la libre pensée est possible pourvu que la loi garantisse la liberté d'expression.

La pensée philosophique et scientifique a accompli une révolution profonde aux XVIe et XVIIe siècles.
Alexandre Koyré retrace les étapes de ce que l'on appelle depuis "La révolution galiléenne".

Thomas Kuhn étudie les périodes de crise que traversent toutes les sciences. Il se demande comment naissent de nouvelles "conceptions du monde", de nouvelles théories ou, ce qu'il appelle de nouveau paradigmes. Il montre que l'histoire des sciences connait des ruptures, que les facteurs psychologiques et sociaux doivent être pris en compte pour expliquer ces progrès.

Je vous recommande en particulier la première partie qui développe une critique de la notion d'identité. Contre la fermeture que tente de réaliser la pensée identitaire, l'auteur affirme qu'il y a de l'autre dans le moi et du moi dans l'autre.

La notion de conduite à risque est ici entendue comme un jeu symbolique ou réel avec la mort, une mise en jeu de soi dont l'enjeu n'est pas de mourir mais de vivre plus. Ce sont des rites intimes de fabrication du sens. Pour les jeunes générations, il s'agit d'un dernier sursaut pour se mettre au monde, accoucher de soi dans la souffrance, accéder enfin à une signification de soi permettant de reprendre sa vie en main. A l'inverse, pour les sportifs de l'extrême, il s'agit plutôt d'une quête d'intensité d'être pour retrouver une plénitude d'existence menacée par une vie trop réglée. Le jeu symbolique avec la mort est alors plutôt motivé par un excès d'intégration, il est une manière radicale de fuir la routine. Dans les deux cas, il s'agit d'interroger symboliquement la mort pour savoir si vivre vaut la peine. L'épreuve personnelle est un chemin détourné pour retrouver le jeu de vivre.

Introduction claire à l'art contemporain, ce livre est à conseiller à tous ceux qui sont troublés par ces oeuvres qu'ils ne comprennent pas toujours. C. Millet définit les grands traits de l'art de notre époque à l'aide de nombreux exemples.

" A première vue, ce problème de la valeur de la pitié et de la morale de la pitié semble n'être qu'une question isolée, un point d'interrogation à part ; mais à celui qui s'arrêtera ici, qui apprendra à interroger ici, il arrivera ce qui m'est arrivé : une perspective nouvelle et immense s'ouvrira devant lui, la foi en la morale, en toute morale s'en trouvera ébranlée- enfin une nouvelle exigence se fera entendre. Nous avons besoin d'une critique des valeurs morales, il faut commencer par mettre en question la valeur même de ces valeurs, et cela suppose une connaissance telle qu'il n'en a pas existé jusqu'à présent et telle qu'on ne l'a même pas souhaitée. "

Interroger le fanatisme de la vérité qui gouverne la philosophie, reconnaître la vie seule pour source de toute valeur, l'indépendance pour la vertu suprême du philosophe, et rechercher une réconciliation inédite de l'art et de la science : tel est pour Nietzsche le sens du gai savoir (...). Unité de l'amor fati et de la philosophie de Dionysos, le gai savoir est la philosophie du oui à la vie, engendrée par la reconnaissance et l'aquiescement, qui culmine dans la pensée de l'éternel retour, présentée ici pour la première fois. Le Gai Savoir, publié en 1882, réédité et augmenté en 1887, constitue donc le prélude de Ainsi parlait Zarathoustra. "Je mets au rang des choses que je n'oublierai pas le fait qu'on m'a envoyé pour ce livre du "gai saber" plus de félicitations que pour tous les autres réunis."

A l'origine Pascal projette de rédiger une Apologie de la religion chrétienne lorsqu'il rédige ces pensées. Effectivement, dans ce livre, il cherche à montrer à l'homme toute l'insignifiance de sa condition sans Dieu. Mais pour autant ce livre est l'un des plus grands de l'histoire de la pensée, que l'on soit croyant ou non. Avec acuité, lucidité et parfois avec humour (noir, bien entendu...) Pascal examine l'existence humaine. Sans concessions.

En 399 avant Jésus-Christ, à Athènes, Socrate comparut devant le Tribunal de la cité. Accusé de ne pas reconnaître l'existence des dieux traditionnels, de créer de nouvelles divinités et de corrompre la jeunesse, il fut condamné à mort. De son procès, il nous reste peu de témoignages, mais celui que Platon nous livre dans l'Apologie de Socrate élève au rang de mythe fondateur de la philosophie un fait qui aurait pu demeurer banal au regard de l'histoire. Face à ses juges, Socrate mène sa défense en invoquant la pratique de la philosophie qui seule fait que la vie vaut d'être vécue.

Ils sont allongés sur des lits et parlent de l'Amour et de la Beauté. Leurs discours se succèdent, parfois se répondent : car il y a plusieurs Amours et plusieurs manières de désirer le Beau. A ces hommes vivant en un temps et un lieu où l'éducation des garçons, est indissociable de la sexualité qui règle les rapports du maître et du disciple, une étrangère, Diotime oppose un modèle féminin de la procréation du savoir. A travers elle, Socrate dessine les étapes de l'apprentissage du philosophe capable de se détacher du monde sensible pour devenir l'" amant ", par excellence qui guide l'" aimé " dans sa quête du Vrai et du Beau.

Le ton du Gorgias est particulièrement violent, et pas seulement à l'égard de la rhétorique. Le dialogue formule une des critiques les plus radicales qui aient été adressées à la démocratie athénienne, à ses valeurs dominantes et à sa politique de prestige. En effet, Socrate s'en prend à tous les aspects de cette politique, du plus concret au plus idéologique. Mais l'essentiel de la critique vise la condition qui donne à la démocratie athénienne ses principaux caractères. Or cette condition est la même que celle qui assurait l'influence de la rhétorique. Il s'agit de la foule comme sujet dominant de la scène politique. Le gouvernement de la liberté est un gouvernement de la foule, c'est-à-dire de l'illusion, du faux-semblant et de la séduction. La critique de la rhétorique débouche donc directement sur la critique la démocratie.

"Imagine des hommes dans une demeure souterraine en forme de caverne, possédant une entrée ouverte à la lumière, qui s'étend sur toute la longueur. Imagine aussi que ces hommes sont là depuis l'enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils restent toujours à la même place." La célèbre allégorie de la caverne, qui figure dans le livre VII de La République de Platon, est une parabole qui évoque la condition des hommes préalablement à toute éducation philosophique. Platon nous invite à rejoindre les amoureux de la lumière, c'est-à-dire de la vérité, en d'autres termes tous les hommes qui ont voulu courir le risque de la liberté.

La joie est, par définition, illogique et irrationnelle. La langue courante en dit là-dessus plus long qu'on ne pense lorsqu'elle parle de " joie folle " ou déclare de quelqu'un qu'il est fou de " joie ". Il n'est effectivement de joie que folle; tout homme joyeux est à sa manière un déraisonnant. Mais c'est justement en cela que la joie constitue la force majeure, la seule disposition d'esprit capable de concilier l'exercice de la vie avec la connaissance de la vérité. Car la vérité penche du côté de l'insignifiance de la mort, comme l'enseignait Nietzsche et l'enseigne aujourd'hui Cioran. En l'absence de toute raison crédible de vivre, il n'y a que la joie qui tienne, précisément parce que celle-ci se passe de toute raison.

Rien de plus fragile que la faculté humaine d'admettre la réalité, d'accepter sans réserves l'impérieuse prérogative du réel. Cette faculté se trouve si souvent prise en défaut qu'il semble raisonnable d'imaginer qu'elle n'implique pas la reconnaissance d'un droit imprescriptible - celui du réel à être perçu - mais figure plutôt une sorte de tolérance, conditionnelle et provisoire. Le réel n'est généralement admis que sous certaines conditons et seulement jusqu'à un certain point : s'il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l'abri de tout spectacle indésirable. Quant au réel, s'il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs. Cet essai vise à illustrer le lien entre l'illusion et le double, à montrer que la structure fondamentale de l'illusion n'est autre que la structure paradoxale du double. Paradoxale, car la notin de double implique en elle-même un paradoxe : d'être à la fois elle-même et l'autre.

Dialogue décapant entre un athée en train de mourir et un prêtre qui vient l'inviter à se repentir. Un livre pas très "religieusement correct".

" Beaucoup pourront s'étonner de ce qu'on parle ici d'humanisme ( ...) Nous entendons par existentialisme une doctrine qui rend la vie humaine possible et qui, par ailleurs, déclare que toute vérité et toute action impliquent un milieu et une subjectivité humaine (...) L'existentialisme n'est pas autre chose qu'un effort pour tirer toutes les conséquences d'une position athée cohérente. Elle ne cherche pas du tout à plonger l'homme dans le désespoir. Mais si l'on appelle, comme les chrétiens, désespoir toute attitude d'incroyance, elle part du désespoir originel. L'existentialisme, n'est pas tellement un athéisme au sens où il s'épuiserait à démontrer que Dieu n'existe pas. Il déclare plutôt : même si Dieu existait, ça ne changerait rien ; voilà notre point de vue. Non pas que nous croyions que Dieu existe, mais nous pensons que le problème n'est pas celui de son existence ; il faut que l'homme se retrouve lui-même et se persuade que rien ne peut le sauver de lui-même, fût-ce une preuve valable de l'existence de Dieu. En ce sens, l'existentialisme est un optimisme, une doctrine d'action."

La vie est-elle brève ou bien est-ce nous, qui, en la menant comme des insensés, la rendons telle ?

Qu'est-ce que la science ? Comment est-elle née ? Comment les scientifiques engendrent-ils leurs théories ? Disposent-ils d'une "méthode" définie une fois pour toutes et garantissant la "vérité" de leurs savoirs ? Est-il vrai que l'activité des physiciens et (les biologistes soit "objective" et "rationnelle" de part en part ? Existe-t-il des critères permettant de savoir à coup sûr s'il faut accepter ou rejeter une théorie nouvelle ? Peut-on tracer une limite claire et nette entre les sciences authentiques et les fausses sciences ? Dans des pages alertes et stimulantes, Pierre Thuillier nous propose en fait de réviser nos idées sur l'histoire des sciences et de comprendre, à travers des exemples précis, la formidable mécanique de la connaissance.
Quelles sont les finalités de l'éducation ? Comment éduquer ? Faut-il vouloir intéresser l'enfant, le séduire ? Doit-il apprendre en jouant ? Pour Alain, l'enfant ne veut pas "faire l'enfant", aussi faut-il lui montrer la beauté de l'effort sur soi.