Les arguments logiques valides sont caractérisés par le fait que, si leurs prémisses sont vraies, alors la conclusion est forcément vraie. Les arguments déductifs possèdent cette caractéristique. Le principe de l'induction serait justifié si les arguments inductifs la possédaient aussi. Mais ce n'est pas le cas. Les arguments inductifs ne sont pas des arguments logiquement valides. Le fait que les prémisses d'une inférence inductive sont vraies n'implique pas que la conclusion l'est. La conclusion d'un argument inductif peut être fausse et ses prémisses vraies sans qu'il y ait pour autant contradiction. Supposons, par exemple, que j'aie observé un grand nombre de corbeaux dans des circonstances fort variées; ayant constaté que tous ceux observés jusqu'à ce jour étaient noirs, j'en conclus : "tous les corbeaux sont noirs". C'est une inférence inductive parfaitement légitime. Les prémisses de l'inférence sont constituées par de nombreux énoncés comme celui-ci : "Le corbeau
x a été observé noir à un instant
t" et nous les considérons tous comme vrais. Mais la logique n'offre aucune garantie que le prochain corbeau que j'observerai ne sera pas rose. Si cela se produisait, l'assertion "tous les corbeaux sont noirs" deviendrait fausse. Autrement dit, l'inférence inductive initiale, légitime tant qu'elle satisfait le critère spécifié par le principe de l'induction, conduirait à une conclusion fausse, bien que toutes les prémisses de l'inférence fussent vraies. Il n'y a aucune contradiction logique dans le fait d'affirmer qu'il est prouvé que tous les corbeaux observés sont noirs et que tous les corbeaux ne sont pas noirs. L'induction ne peut être justifiée purement sur des bases logiques.
Illustration intéressante, bien que cruelle brodée à partir de la dinde inductiviste de Bertrand Russell : dès le matin de son arrivée dans la ferme pour dindes, une dinde s'aperçut qu'on la nourrissait à 9 heures du matin. Toutefois, en bonne inductiviste, elle ne s'empressa pas d'en conclure quoi que ce soit. Elle attendit d'avoir observé de nombreuses fois qu'elle était nourrie à 9 heures du matin, et elle recueillit ces observations dans des circonstances fort différentes, les mercredis et les jeudis, les jours chauds et les jours froids, les jours de pluie et les jours sans pluie. Chaque jour, elle ajoutait un autre énoncé d'observation à sa liste. Sa conscience inductiviste fut ainsi enfin satisfaite et elle recouvra une inférence inductive pour conclure : Je suis toujours nourri à neuf heures du matin. Hélas, cette conclusion se révéla fausse d'une manière indubitable quand, une veille de Noël, au lieu de la nourrir, on lui trancha le cou. Une inférence inductive avec des prémisses vraies peut conduire à une conclusion fausse.
On ne peut justifier le principe de l'induction en ayant recours à la seule logique.