Crawford (Matthew)

Travail et satisfaction

Le moment où, à la fin de mon travail, j’appuyais enfin sur l’interrupteur (« Et la lumière fut ») était pour moi une source perpétuelle de satisfaction. J’avais là une preuve tangible de l’efficacité de mon intervention et de ma compétence. Les conséquences de mon travail étaient visibles aux yeux de tous, et donc personne ne pouvait douter de ladite compétence. Sa valeur sociale était indéniable. [...]

Ma spécialité, c’était plutôt les circuits d’immeubles résidentiels ou d’éclairage commercial basique, et le résultat de mon travail était généralement dissimulé à la vue, caché à l’intérieur des murs. Ce qui ne m’empêchait pas de ressentir une certaine fierté chaque fois que je satisfaisais aux exigences esthétiques d’une installation bien faite. J’imaginais qu’un collègue électricien contemplerait un jour mon travail.

Et même si ce n’était pas le cas, je ressentais une obligation envers moi‑même. Ou plutôt, envers le travail lui‑même – on dit parfois en effet que le savoir‑faire artisanal repose sur le sens du travail bien fait, sans aucune considération annexe. Si ce type de satisfaction possède avant tout un caractère intrinsèque et intime, il n’en reste pas moins que ce qui se manifeste là, c’est une espèce de révélation, d’auto‑affirmation.

Crawford (Matthew), Éloge du carburateur, 2009

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