Hegel

Le besoin d'art

L’universalité du besoin d’art ne tient pas à autre chose qu’au fait que l’homme est un être pensant et doué de conscience. En tant que doué de conscience, l’homme doit se placer en face de ce qu’il est, de ce qu’il est d’une façon générale, et en faire un objet pour soi. Les choses de la nature se contentent d’être, elles sont simples, ne sont qu’une fois, mais l’homme, en tant que conscience, se dédouble : il est une fois, mais il est pour lui-même. Il chasse devant lui ce qu’il est ; il se contemple, se représente lui-même. Il faut donc chercher le besoin général qui provoque une œuvre d’art dans la pensée de l’homme, puisque l’œuvre d’art est un moyen à l’aide duquel l’homme extériorise ce qu’il est. (...)

Le besoin d'art général a donc ceci de rationnel que l'homme, en tant que conscience, s'extériorise, se dédouble, s'offre à sa propre contemplation et à celle des autres. Par l’œuvre d'art, l'homme qui en est l'auteur cherche à exprimer la conscience qu'il a de lui-même. C'est une grande nécessité qui découle du caractère rationnel de l'homme, source et raison de l'art, comme de toute action et de tout savoir. Nous verrons plus loin pourquoi ce besoin d'art, d'activité artistique, diffère de toutes les autres activités, politique et morale, des représentations religieuses et de la connaissance scientifique.

Hegel, Esthétique, Introduction, Ch. II, 1818-1829

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