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par Stephane Pellicier










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Conclusion nuancée sur les réseaux sociaux

Publié le 09/05/2021


La typologie que nous venons de proposer montre que les réseaux sociaux ne sont pas de simples espaces publics où les utilisateurs racontent leur vie à tout le monde, mais, plus subtilement, des espaces de visibilité paramétrables qui encouragent les internautes à créer des représentations de leur identité adaptées aux différents publics que les plateformes leur permettent de rassembler autour de leurs comptes. Les formats de visibilité variés offerts par les plateformes invitent les participants à mobiliser des facettes identitaires multiples, à s’engager dans des interactions qui ne sont pas de même nature, à se lier à des réseaux sociaux composés selon des principes très différents. On entend souvent dire qu’en ligne tout le monde déballe tout et n’importe quoi de sa vie devant tout le monde. Rien ne paraît plus faux lorsque l’on observe le très fin réglage de la visibilité auquel procèdent ensemble les plateformes et les utilisateurs pour que ces derniers puissent « se cacher pour se voir » (paravent), se « montrer tout en se cachant » (clair-obscur), « tout montrer et tout voir » (phare) ou enfin « se voir, mais caché » (mondes virtuels).

Dominique Cardon

#RéseauxSociaux



Quatre types de réseaux sociaux

Publié le 09/05/2021


“Paravent” :

La première famille n’est pas la plus importante, mais elle joue un rôle particulier. S’y rangent les sites de rencontres où la visibilité des profils est organisée derrière un paravent. L’identité affichée est très réaliste et les critères retenus, objectifs et durables, sont ceux de l’identité civile (photo, âge, localisation, mensurations, revenus, etc.) mais on ne s’y découvre que progressivement. La rencontre est un processus de dévoilement dont la plateforme organise les étapes, invitant les internautes à négocier entre eux avant de consentir à révéler des traits plus narratifs de leur identité. Certains de ces sites, comme Tinder, inspirés des sites gay, proposent des séquences de dévoilement raccourcies, plus immédiates, mais c’est la même dynamique : on commence par se choisir – se « matcher » –, pour avoir ensuite le droit de discuter en ligne, de se donner un numéro de téléphone et de se voir.

“Clair-obscur” :

La deuxième famille de réseaux sociaux est la plus importante. Elle regroupe un ensemble de réseaux dont la propriété commune est de créer une visibilité en clair-obscur, une zone grise selon danah boyd, spécialiste des réseaux sociaux, ou bien une visibilité privée-publique. Dans cette famille de services, les internautes s’exposent tout en se cachant. Ils affichent une identité narrative en racontant leur journée, en livrant leurs sentiments, leur vie avec les amis, leurs aventures de vacances, leurs démêlés avec les parents ou les professeurs. S’ils exposent leur vie personnelle dans sa dimension très quotidienne, ils ne souhaitent pas être vus de tout le monde. L’ingéniosité des plateformes consiste alors à inventer des espaces dans lesquels il est possible de régler sa visibilité. Être vu de ses amis, mais pas des parents ou des professeurs ; montrer des photos de vacances, mais pas à son chef ; suivre les autres sans que les voisins, les « ex » ou les collègues ne vous voient. En règle générale, les internautes ne s’exposent pas naïvement à tout le monde. Beaucoup sont même devenus des experts dans l’usage des paramètres permettant de masquer, de bloquer ou d’effacer certaines publications (sans être bien entendu à l’abri des erreurs). (...) Facebook est aujourd’hui le principal réseau en clair-obscur dans la plupart des pays ; il n’y a guère que dans les régimes autoritaires que la fonctionnalité du clair-obscur (se montrer tout en se cachant) est prise en charge par une autre plateforme, tels Vkontakte en Russie ou Wechat en Chine. En France, la visibilité en clair-obscur a d’abord été portée par Skyblog. Aujourd’hui, outre Facebook, elle s’observe notamment sur Snapchat et Whatsapp. C’est à cette famille de réseaux sociaux en clair-obscur que l’on doit l’incroyable mobilisation qui a bouleversé la démographie du web depuis les années 2000. Toutes les générations se sont peu à peu emparées de ces lieux de discussion, à tel point que les plus jeunes, qui ont été les pionniers de ce type d’usage, ont fini par déserter des plateformes telles que Facebook pour rejoindre d’autres réseaux sociaux, comme Snapchat, où ils peuvent maintenir l’entre-soi du clair-obscur… jusqu’à ce que leurs parents rejoignent à leur tour Snapchat, dans un interminable jeu du chat et de la souris.

“Phare” :

Une troisième famille de plateformes sociales donne une visibilité beaucoup plus large au profil des participants. C’est Myspace qui a inventé ce format, que l’on peut qualifier de phare, par opposition au clair-obscur : tout y est visible par tous. Cette famille de réseaux sociaux est apparue de façon inattendue à une époque, le début des années 2000, où il paraissait évident que les réseaux d’amis en ligne devaient rester privés. (...) Si, dans cette troisième famille, tout le monde peut voir le profil de tout le monde, alors l’identité exposée est différente de celles montrées sur les sites des deux familles précédentes. En général, on n’y publie pas pour susciter la reconnaissance, l’amour, le rire de ses proches à propos d’événements ordinaires vécus dans la vie quotidienne. Au contraire, on affiche une identité tendue vers un centre d’intérêt afin de pouvoir le partager avec des inconnus : la musique sur Myspace, les chaînes personnelles sur Youtube, les photos sur Flickr ou Pinterest, les activités professionnelles sur Linkedin, les informations sur Twitter, etc. Il existe une relation étroite entre ce que l’on montre de soi et la visibilité que la plateforme accorde aux publications des utilisateurs. Au vu de tous, les participants ne se connectent pas entre eux parce qu’ils se connaissent, mais parce qu’ils ont des goûts, des opinions ou des passions en commun. Une tout autre logique se met en place lorsque la visibilité est ouverte : dans cette famille de réseaux sociaux c’est le partage de contenus qui domine. Mais il faut constater qu’avec le développement des stratégies de réputations en ligne, l’individu peut lui-même devenir un contenu qui se sculpte, se montre et attire à lui de la notoriété en provenance de personnes qu’il ne connaît pas. Sur Instagram, par exemple, certains comptes publics (mannequins, voyageurs, etc.) mettent en scène leur vie, leur corps ou leur personnalité pour drainer vers eux l’attention et les likes. À la différence des réseaux sociaux en clair-obscur, où les internautes racontent leur vie quotidienne de façon jouée mais ordinaire, c’est dans une véritable démarche de fabrication de soi que s’engagent certains lorsqu’ils entreprennent, à la manière d’une marque personnelle, de devenir des stars des réseaux sociaux.

“Mondes virtuels” :

La quatrième famille de réseaux sociaux en ligne est celle des mondes virtuels : jeux vidéo à univers persistants tels World of Warcraft, mondes virtuels de type Second Life. Ici, les identités des participants sont publiques. En revanche elles ont été tellement façonnées, sculptées et fabriquées (pseudos, avatars, jeux avec l’identité) qu’elles dissimulent l’identité réelle des personnes. Les mondes virtuels fabriquent ainsi des espaces dans lesquels les personnes se lient entre elles à partir d’affinités qui sont beaucoup moins liées à leur personnalité hors ligne qu’à ce qu’elles cherchent à projeter en ligne à travers leur avatar.


Dominique Cardon

#RéseauxSociaux Identité



Principe de la navigation par liens hypertextes sur le web

Publié le 09/05/2021


Le web (de l’anglais web pour toile) est un réseau de liens qui créent des routes entre les pages de différents sites. Sa caractéristique essentielle est le lien hypertexte. Nous sommes aujourd’hui tellement habitués à cliquer sur ces séquences de mots apparaissant en bleu sur nos écrans pour aller d’un document à l’autre que nous ne pensons plus à l’originalité de cette méthode de navigation. Pourtant, au moment de son invention, l’idée de créer des liens entre les documents semblait une très mauvaise façon de les classer. La tradition des bibliothécaires a toujours été de ranger les documents dans des catégories, puis de ranger les catégories dans d’autres catégories et ainsi de suite. Avec un meuble de rangement bien conçu, il est possible de savoir dans quel tiroir trouver le bon document : Orgueil et Préjugés est un (1) roman (2) anglais du (3) XIXe siècle écrit par (4) Jane Austen. Le lien hypertexte propose une conception tout autre, non centralisée. Comme lors de la confrontation entre le réseau centralisé des opérateurs de télécom et le réseau décentralisé de l’ARPA, ce sont deux conceptions de l’ordre documentaire qui s’affrontent lors de la naissance au web. Avec le web, il n’est pas nécessaire de classer les informations en les rangeant dans les bons tiroirs – comme on le fait encore lorsqu’on dépose les documents dans les dossiers de son disque dur. On peut tout simplement renoncer à les classer et préférer donner à l’utilisateur les moyens de naviguer d’un document à un autre en suivant les liens que les documents ont tissés entre eux. Le classement ne vient pas d’en haut. Il n’est pas conçu par des documentalistes omniscients. On laisse, au contraire, l’auteur de chaque document définir quels sont les autres documents de son voisinage. L’internaute n’a qu’à suivre, de saut en saut, les idées que les textes échangent entre eux à travers leurs liens. Ce sont les documents eux-mêmes – donc ceux qui les écrivent – qui décident de leur classement. Le web hérite ainsi de l’esprit libertaire d’internet. Le pouvoir donné à chaque internaute qui crée un site web de le relier comme il le souhaite à d’autres sites est à la source de l’auto-organisation des communautés en ligne, de la dynamique des innovations ascendantes, du rassemblement de communautés d’internautes produisant des biens communs et de la notion d’intelligence collective. Bref, des valeurs fondatrices du web.

Dominique Cardon

#Web



Analogique et numérique

Publié le 09/05/2021


Revenons aux 0 et aux 1. Le monde dans lequel nous vivons, écrivons et parlons est essentiellement analogique. Alors que le signal analogique, propre à l’écriture manuscrite, à la photographie argentique et à la voix, est une forme continue qui oscille entre une valeur minimale et une valeur maximale, le signal numérique, lui, est discontinu et ne peut prendre que deux valeurs : 0 ou 1. Pour le calculer, il faut le discrétiser, autrement dit transformer les textes, les images et les sons en 0 et en 1. Ainsi, lorsqu’on transforme une image en pixels et que l’on attribue à chaque pixel des valeurs décomposant les trois couleurs primaires (rouge, vert, bleu), elle devient numérique. Contrairement au signal analogique, qui s’affaiblit à chaque maillon de la transmission, les données numériques ne s’altèrent pas, les chiffres transmis par le numérique sont immuables. Alors que la copie d’une cassette audio ou d’un document de papier provoque des pertes, celle d’un DVD ou d’un fichier est parfaitement fidèle. Les informations transformées en chiffres sont beaucoup plus faciles et beaucoup moins coûteuses à stocker et à reproduire que des signaux analogiques. Or, et c’est la magie du codage informatique, une fois les informations transformées en chiffres, il est possible de conduire l’ensemble des opérations qui sont à l’origine de la révolution numérique : les données peuvent être stockées et archivées dans des fichiers ; elles peuvent être déplacées et échangées et donc favoriser la communication à distance et la coopération ; elles peuvent, enfin, être calculées et transformées de mille et une manières. L’informatique et les ordinateurs sont les agents de ces transformations.

Dominique Cardon

#Informatique Numérique



Les traits de l'identité en ligne

Publié le 12/03/2020


Commençons par la première variable pour bâtir une carte des différents traits de l’identité personnelle que nous projetons en ligne (document 31). Le processus d’individuation qui a cours dans nos sociétés fait apparaître à nouveau deux grandes tensions. L’une, parfois qualifiée de processus de subjectivation, oppose l’être et le faire (axe horizontal) : d’un côté, les signes d’une identité acquise, incorporée, stable et durable – ce que l’on est ; de l’autre côté, les signes d’une identité active – ce que l’on fait –, qui porte la trace de nos choix, de nos compétences et de nos réalisations. L’identité est à la fois reçue et produite. La seconde tension qui travaille l’identité dans les mondes numériques peut être appelée dynamique de simulation de soi (axe vertical) : d’un côté, le réalisme de l’identité, ce que je suis pour mes proches, pour ceux qui me connaissent et qui me voient ; de l’autre côté, l’identité que je projette. Cette dernière est parfois appelée identité virtuelle, mais le terme de virtuel est trompeur car on le comprend trop souvent comme un simulacre, une duperie, un déguisement de soi. Or, virtuel ne s’oppose pas à réel, mais à actuel ; il veut donc dire potentiel. Nous projetons sur les réseaux sociaux une image de nous-même qui est un désir, un devenir possible, bref une image que l’on aimerait valoriser et faire reconnaître par les autres. L’identité est à la fois un présent et une projection de soi.

Dominique Cardon

#snt RéseauxSociaux Identité Cardon



Le projet politique des pionniers d’internet

Publié le 12/03/2020


Tentons auparavant de cerner le projet politique qui nourrit cette utopie car il constitue en quelque sorte le legs des pionniers d’internet. On peut le caractériser en cinq points. 1) Internet est d’abord une affaire d’individus. Face au conformisme de la société cadenassée des années 1960, il est apparu comme une promesse d’émancipation, un outil qui redonne du pouvoir et de la liberté aux personnes. 2) Cet individualisme ne doit cependant pas être compris comme un repli sur soi, un acte solitaire et égoïste. Au contraire, internet valorise la communauté et l’échange, mais on y choisit sa communauté plutôt que se laisser enfermer dans des cercles d’appartenance ou de statut comme la famille, le travail, le parti ou la religion. En jouant avec son identité, en s’inventant des avatars plus ou moins décalés par rapport à sa propre personnalité, l’individu peut introduire une distance avec la vraie vie. La possibilité de désinhiber ses capacités expressives, de ne pas être constamment ce que la société vous assigne d’être, de choisir plus librement la communauté à laquelle on veut appartenir est offerte par le masque de l’anonymat. Cet anonymat tant décrié aujourd’hui est apparu aux pionniers d’internet comme un instrument d’émancipation. 3) Le changement social passe par le réseau des individus connectés et non par la décision du centre, des institutions politiques, des partis ou des États. Le mantra de ces pionniers, « changer la société sans prendre le pouvoir », inspirera beaucoup de mouvements sociaux des années 2000. Le projet politique de la culture numérique repose sur l’idée que les internautes associés – les individus en réseau – peuvent transformer la société autant, si ce n’est plus facilement et mieux, que ne le font les institutions politiques traditionnelles. 4) Si la méfiance et l’hostilité règnent à l’égard de l’État et des institutions politiques, les pionniers se défient beaucoup moins du marché, comme le montrera la suite de leur trajectoire. Durant les années 1990, on assiste à un rapprochement entre la culture libertaire et les valeurs de l’économie libérale : ce mariage inattendu donnera naissance à une forme nouvelle du capitalisme, tel celui qu’incarnent aujourd’hui les GAFA (acronyme désignant les quatre géants que sont Google, Apple, Facebook, Amazon, parfois rallongé en GAFAM quand on inclut Microsoft) et l’économie des plateformes (Uber, Airbnb, etc.). Bon nombre de pionniers d’internet n’hésitent pas, au cours des années 1980 et 1990, à créer des entreprises, et certains d’entre eux prennent des positions économiques très libérales. Stewart Brand et Esther Dyson, par exemple, soutiennent les politiques de dérégulation de Ronald Reagan. La culture numérique ne cesse d’osciller entre valeurs libertaires et ambitions marchandes, ce qui explique pourquoi certains gourous de la Silicon Valley continuent aujourd’hui d’afficher une idéologie clairement libertarienne. 5) La technologie est investie du pouvoir thaumaturgique de révolutionner la société. L’innovation numérique doit permettre de faire tomber les hiérarchies, de court-circuiter les institutions et de bousculer les ordres sociaux traditionnels. La technologie est véritablement pensée comme un instrument d’action politique. Les entreprises de la Silicon Valley deviennent porteuses d’un discours sur le pouvoir salvateur du numérique. Jamais la croyance dans l’idée que les problèmes du monde peuvent être réparés par la technologie – par les réseaux sociaux, les big data, les applications mobiles, les algorithmes ou l’intelligence artificielle – n’a été aussi forte qu’aujourd’hui.

Dominique Cardon

#snt Internet politique RéseauxSociaux Cardon



L'idée de communauté virtuelle - The Well

Publié le 12/03/2020


Qu’entend-on alors par communauté virtuelle ? D’abord l’idée d’une séparation, d’une coupure, entre le réel et le virtuel. Les participants de The Well se félicitent du ton de liberté, de la vivacité, de l’humour et de la curiosité qui règnent en ligne et qui n’ont pu s’épanouir dans les communautés hippies réelles. En ligne, les questions-réponses fusent, un esprit de bénévolat, de solidarité et d’entraide souffle sur tous les participants. Les premières communautés d’internet qui sont à l’origine de cette idée de séparation entre le « en ligne » et le « hors-ligne » considèrent le monde virtuel plus riche, plus authentique et plus vrai que la vie réelle, et non pas futile, trompeur et dangereux comme le voient les critiques aujourd’hui. Le virtuel, c’est un espace pour réinventer, en mieux, les relations sociales. Ensuite, la communauté virtuelle est pensée comme une ouverture sans frontières sur le monde. Elle subvertit les clivages et les barrières sociales et culturelles. S’il faut séparer le réel et le virtuel, soutiennent les pionniers des mondes numériques, c’est justement pour abolir les différences entre les individus. Grâce à leur avatar, les internautes peuvent virtuellement changer de sexe, d’âge ou de nationalité, ils peuvent expérimenter une grande variété d’identités. La frontière virtuelle est vue comme un moyen de recomposer le monde social pour le rendre moins segmenté et plus ouvert – une vision qui reste utopique car en réalité, le public de The Well présente une incroyable homogénéité sociale, culturelle et politique. Ses participants sont blancs, californiens, cultivés et très majoritairement masculins. Ils partagent les mêmes valeurs culturelles, la même histoire, ils ont souvent fait ensemble l’expérience de la vie communautaire, mais cela ne les empêche pas de prêcher la rencontre avec l’inconnu, l’effacement des statuts sociaux, le jeu avec l’identité. Ils rêvent d’une communauté atopique, déterritorialisée et ouverte. Or, c’est justement cette expérience que leur offrent les ordinateurs connectés. Avec le recul, on comprend que le décalage entre de telles aspirations et l’homogénéité sociale et culturelle de leurs détenteurs explique largement la cécité idéologique dont a fait preuve la société de l’information et de la communication naissante en prétendant qu’elle allait abolir les effets de l’inégale distribution des ressources culturelles et sociales. En réalité, il apparaîtra très vite que la frontière entre monde réel et virtuel n’est pas si étanche et que les inégalités de ressources sociales et culturelles entre internautes s’exercent aussi dans les espaces en ligne.

Dominique Cardon

#snt RéseauxSociaux web



Qu'est-ce qu'Internet, en fait ?

Publié le 13/10/2019


Quand un écureuil a mâchouillé son câble et coupé sa connexion, le journaliste Andrew Blum a commencé à se demander de quoi internet était vraiment fait. Alors il a voulu le voir de ses yeux : les câbles sous-marins, les commutateurs secrets et les autres éléments matériels qui constituent internet.


(12 min)

S. Pellicier

#snt Vidéo Internet



Cours de SNT - Introduction

Publié le 05/09/2019


Voici le lien vers l'introduction que je vous ai présenté durant la première séance de cours : Cliquer ici

S.Pellicier

#snt Introduction



Informatique ou numérique ?

Publié le 03/09/2019


Informatique ou numérique ?
  Avant d’entrer dans la chair des chapitres, je souhaite continuer une discussion un peu générale dans cette introduction. On a vu se produire récemment deux glissements de vocabulaires dans les médias, les discours politiques et l’enseignement : « informatique » est devenu « numérique » et « programmation » est devenu « codage », les deux anciens mots ayant pratiquement disparu. C’est surtout sensible depuis qu’on parle de plus en plus du sujet, en reconnaissant maintenant qu’il faut « y aller » : il faut enseigner « le numérique » (maintenant devenu un substantif), et les enfants doivent apprendre « le code ».
  D’où vient ce glissement ? Mon idée personnelle, peut-être un peu brutale, est la suivante : changer les mots a permis à ceux qui le souhaitent de se construire des formes de compétence, d’adhésion ou de rejet sans avoir à entrer dans le cœur du sujet, donc en gardant l’intention de ne se renseigner vraiment ni sur l’informatique, ni sur la programmation. Un bon exemple est donné par les très nombreux hommes politiques et commentateurs de la politique qui associent systématiquement numérique avec Internet, les réseaux sociaux et maintenant l’intelligence artificielle. Ce sont certainement des sujets très visibles et très importants, surtout depuis que les réseaux sociaux jouent un rôle essentiel dans les discussions politiques et la transmission des rumeurs et fausses nouvelles de tous types. Mais l’informatique est beaucoup plus que cela, comme nous allons le voir tout au long du livre.
  Puisque mon but est précisément de montrer à l’inverse qu’on ne peut pas comprendre le monde numérique dans sa totalité sans comprendre suffisamment ce qu’est son cœur informatique, je ferai très attention aux mots pour que l’arbre ne cache pas la forêt. Le mot « numérique » a pour moi un sens précis que je souhaite conserver. Je l’utilisais comme adjectif dans le titre « Pourquoi et comment le monde devient numérique » de ma leçon inaugurale de 2008 au Collège de France, où j’expliquais comment la numérisation du monde et l’utilisation des algorithmes, programmes et ordinateurs conduisaient à une modification profonde du monde. Ce mot me permettait aussi d’inclure d’autres communautés scientifiques et techniques. Les mathématiciens appliqués qui montrent comment résoudre des équations complexes à l’aide de grands calculs numériques sont appelés depuis toujours des « numériciens ». La science qui invente les algorithmes de contrôle des avions, satellites, voitures ou robots est appelée l’automatique ; si ces algorithmes étaient autrefois réalisés par des machines analogiques, ils le sont désormais par numérisation des données et calcul à l’aide de circuits et logiciels informatiques qui permettent beaucoup plus de souplesse et évitent complètement l’accumulation du bruit qui limitait les machines analogiques. Le traitement du signal, fondamental dans des domaines aussi divers que la musique et l’analyse des images, des tremblements de terre ou des signaux émis par le cerveau, est un domaine en soi. Tous ces domaines et bien d’autres sont devenus numériques car ils s’appuient sur l’informatique pour leurs réalisations. De même, l’expression « économie numérique », maintenant d’usage constant, est justifiée par les faits, alors que l’expression « économie informatique » ne serait pas appropriée.
  Je continuerai donc à m’appuyer sur les définitions que mes collègues et moi-même avions utilisées lors de la rédaction du rapport de l’Académie des sciences L’Enseignement de l’informatique en France. Il est urgent de ne plus attendre (Académie des sciences, 2013), que j’ai eu l’honneur de coordonner :
  1. Le mot « informatique » désignera spécifiquement la science et la technique du traitement de l’information, et, par extension, l’industrie directement dédiée à ces sujets.
  2. L’adjectif « numérique » peut être accolé à toute activité fondée sur la numérisation et le traitement de l’information : photographie numérique, son numérique, édition numérique, sciences numériques, art numérique, etc. On parle ainsi de « monde numérique » pour exprimer le passage d’un nombre toujours croissant d’activités à la numérisation de l’information et d’« économie numérique » pour toutes les activités économiques liées au monde numérique, le raccourci « le numérique » rassemblant toutes les activités auxquelles on peut accoler l’adjectif numérique. Puisque toute information numérisée ne peut être traitée que grâce à l’informatique, celle-ci est le moteur conceptuel et technique du monde numérique. (...) Pour ce qui est de « programmation » et « codage », je garderai aussi le mot initial, bien que les informaticiens utilisent volontiers le mot « code » : montre-moi ton code est une expression très répandue. On dit cependant « langage de programmation » et pas « langage de codage », et « code » est ambigu car il a d’autres sens assez différents, comme « le code secret Enigma » pour le chiffrement allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais les informaticiens aussi changent les mots. Maintenant, on ne programme plus, on « développe », et les programmeurs sont devenus des développeurs. À suivre…

Gérard Berry, L' Hyperpuissance de l'informatique: Algorithmes, données, machines, réseaux, 2017.

S. Pellicier

#snt Informatique Numérique Textes



Apprendre à coder et à décoder

Publié le 22/08/2019


Voici un extrait du livre "Culture numérique" du sociologue spécialiste des médias et du numérique Dominique Cardon :

Si nous fabriquons le numérique, le numérique nous fabrique aussi. Voilà pourquoi il est indispensable que nous nous forgions une culture numérique. L’expression est sur toutes les lèvres. Partout, on demande que le numérique soit enseigné, à l’école primaire, au lycée ou à l’université. Mais deux projets s’affrontent. Certains disent « Il faut coder », d’autres rétorquent « Il faut décoder ». Les premiers veulent enseigner la programmation, les seconds, ce que l’on appelle désormais la « littéracie numérique ». En réalité, il faut faire les deux car le numérique, pratique éminemment interactive, exige de comprendre en faisant et de faire en comprenant. Jamais ces deux faces de l’apprentissage n’ont été aussi étroitement articulées que dans le cas des technologies numériques. Décoder, c’est ce que nous allons faire dans ce livre, mais tout y invite aussi les lecteurs à développer parallèlement une pratique des technologies numériques qui ne se limite pas à une simple utilisation, aussi agile soit-elle, des interfaces numériques. Décoder le numérique doit nous rendre curieux du fonctionnement concret, technique et pratique des nouveaux outils dont la programmation informatique est le langage.

S. Pellicier

#snt numérique Cardon Textes