Lucrèce

Tout n'est que matière et vide

La nature entière, telle qu'elle est, a donc une double origine; elle comprend des corps et ce vide dans lequel ils se situent et se meuvent. L'existence des corps, le sens commun suffit pour nous l'attester, et sans ce fondement inébranlable de notre pensée, nous ne pourrions, à l'égard de faits plus obscurs, appuyer sur rien notre jugement. Quant à l'espace que nous nommons vide, s'il n'existait, il n'y aurait pour les corps ni place ni moyen de mouvement, comme je viens de te le montrer.

En outre, il n'est rien dont tu puisses affirmer l'existence hors de toute espèce de corps, hors du vide, rien en quoi tu puisses t'imaginer avoir découvert comme une troisième manière d'être. En effet, quoi qu'elle fût, encore lui faudrait-il, pour exister, des dimensions grandes et petites; or, si le toucher pouvait l'atteindre, même le moins du monde, on devrait la compter au nombre des corps, l'ajouter à leur total. La supposerait-on impalpable, incapable d'opposer dans quelqu'une de ses parties la moindre résistance au passage des corps, alors elle serait précisément ce que nous nommons le vide.

Lucrèce, De la nature, 1er siècle av. JC

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