Buber (Martin)

Solitude et vie dialogique

Une vie dialogique n'est pas une vie dans laquelle on a beaucoup affaire avec des gens, mais une vie dans laquelle on a vraiment affaire avec les gens avec lesquels on est en rapports. Ce n'est pas du solitaire qu'on doit dire qu'il vit dans le monologue : c'est de celui qui n'est pas capable de réaliser en son essence la société où son destin le fait mouvoir. Dans la solitude seulement se révèle le fond même de l'opposition. A celui qui vit dialogiquement, quelque chose est dit dans le cours habituel des heures, et il sent qu'on exige de lui une réponse; et jusque dans la vaste marge que laisse, par exemple, une excursion en montagne sans compagnon, le vis-à-vis aux multiples métamorphoses ne l'abandonnera pas. Celui qui vit dans le monologue, par contre, ne prend jamais garde à ce qui est autre que lui comme à une chose qui n'est absolument pas lui, et avec laquelle néanmoins, il est en communication.
Buber (Martin), La vie en dialogue, 1959

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