Freud

Origine de la conscience morale

On est en droit de récuser une capacité de différenciation originelle, pour ainsi dire naturelle, concernant le bien et le mal. Souvent le mal n’est pas du tout ce qui est pour le moi le nuisible ou le dangereux, au contraire il est même quelque chose qui est par lui souhaité, qui lui procure du contentement. Ici se manifeste donc une influence étrangère; c’est elle qui détermine ce qui doit s’appeler bien et mal. Étant donné que son propre sentiment n’aurait pas conduit l’homme sur la même voie, il faut qu’il ait un motif pour se soumettre à cette influence étrangère; ce motif est facile à découvrir dans sa détresse et sa dépendance par rapport aux autres et on ne saurait mieux le désigner que comme angoisse devant la perte d’amour. S’il perd l’amour de l’autre, dont il est dépendant, il vient aussi à manquer de la protection contre toutes sortes de dangers, s’exposant avant tout au danger de voir cet autre surpuissant lui démontrer sa supériorité sous forme de punition. Le mal est donc au début ce pour quoi on est menacé de perte d’amour; c’est par angoisse devant cette perte qu’il faut éviter le mal.
Freud, Le malaise dans la culture, 1929

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