Freud

La question de la finalité de la vie

La question de la finalité de la vie humaine a été posée un nombre incalculable de fois; elle n'a encore jamais trouvé de réponse satisfaisante, peut-être d'ailleurs n'en admet-elle aucune. Bien des poseurs de question ont ajouté : S'il devait se faire que la vie n'ait aucune finalité, elle perdrait pour eux toute valeur. Mais cette menace ne change rien. Il semble bien plutôt qu'on ait le droit de récuser la question. Elle semble présupposer cette présomption humaine dont nous connaissons déjà tant d'autres manifestations. D'une finalité de la vie des animaux on ne parle pas, sauf à dire que leur destination est de servir l'homme. Mais cela d'ailleurs n'est pas soutenable, car il y a beaucoup d'animaux dont l'homme ne sait que faire - sinon les décrire, les classifier, les étudier -, et d'innombrables espèces d'animaux se sont soustraites à cette utilisation, du fait qu'elles vécurent et s'éteignirent avant que l'homme ne les ait vues. La religion est de nouveau seule à savoir répondre à la question d'une finalité de la vie. On ne se trompera guère en décidant que l'idée d'une finalité de la vie se maintient et s'effondre en même temps que le système religieux.
Freud, Le malaise dans la culture, 1929

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