Machiavel

La fin justifie les moyens

Il faut comprendre ceci : un prince, surtout un prince nouveau, ne peut observer toutes les qualités pour lesquelles les hommes sont reconnus bons, parce qu’il est souvent contraint s’il veut préserver ses possessions d’agir contre la parole donnée, contre la charité, contre l’humanité, contre la piété. Ainsi il faut qu’il ait l’esprit disposé à se tourner dans le sens que commandent les vents de la fortune et les variations des choses, et, comme je l’ai dit plus haut, ne pas s’écarter du bien s’il le peut, mais savoir entrer dans le mal, s’il y est contraint. (…) D’une manière générale, les hommes jugent plus par les yeux que par les mains, car si n’importe qui peut voir, bien peu éprouvent juste. Chacun voit ce que tu parais, peu ressentent ce que tu es; et ce petit nombre n’ose pas s’opposer à l’opinion de la majorité qui a la majesté de l’État derrière elle. Dans les actions humaines, et surtout dans celles des princes, où il n’y a nul tribunal à qui faire appel, on considère la fin. Qu’un prince fasse donc en sorte de vaincre et de préserver ses possessions. Les moyens employés seront toujours jugés honorables et loués de tous, car le vulgaire est toujours pris par les apparences et par les résultats; or dans le monde il n’y a que le vulgaire.
Machiavel, Le Prince, 1513

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