Heidegger

L'être-au-monde du sujet

Le Dasein est d'abord et le plus souvent accaparé par son monde. (...) Qui est-ce donc qui est dans la quotidienneté le Dasein ?(...)

La réponse au "qui ?" se tire du je lui-même, du "sujet", du "soi-même". Il est cela qui, à travers la variation des comportements et des vécus, se maintient comme identique et reste par là en rapport avec cette multiplicité.(...)

Et qu'y a-t-il de plus indubitable que ceci : le je est un donné ? Et cet être donné n'exige-t-il pas pour être élaboré d'être pris à la source, abstraction faite de tout autre "donné", non seulement d'un "monde" étant mais bel et bien aussi de l'être d'autres "je" ? Peut-être cette manière de se donner qu'offre la simple, formelle, réflexive perception du je est-elle effectivement évidente. (...)

Et si cette sorte d'"autodonation" du Dasein était pour l'analytique existentiale une fausse piste et, à vrai dire, une tentation ayant son fondement dans l'être du Dasein lui-même ?(...) Et si la constitution du Dasein, selon laquelle il est chaque fois à moi, était la raison pour laquelle d'abord et la plupart du temps le Dasein n'est pas soi-même ?(...) Le "je" doit être seulement entendu au sens d'une indication n'engageant à rien de plus, indication formelle de quelque chose qui, dans chaque contexte d'être phénoménal, peut éventuellement se révéler comme son "contraire". Mais ici "non-je" ne se ramène alors en aucune façon à l'étant par essence dénué d'"égoïté" mais signifie au contraire, un genre d'être déterminé du "je" lui-même, par exemple celui de s'être-soi-même-perdu.

Mais l'interprétation positive du Dasein donnée jusqu'ici interdit déjà elle aussi de prendre l'être-donné formel du je comme point de départ quand est visée une réponse phénoménalement satisfaisante à la question "qui ?". La clarification de l'être-au-monde a montré qu'il n'y a pas d'emblée et que jamais non plus n'est donné un sujet dépourvu de tout monde. Et c'est ainsi qu'il n'est en définitive pas davantage donné d'emblée un je isolé sans les autres.

Heidegger, Être et temps, §25, 1927

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