Nietzsche

Convictions et mensonges

Depuis longtemps déjà j'ai proposé que l'on se demande si les convictions ne sont pas des adversaires plus dangereux de la vérité que les mensonges. Cette fois-ci, j'aimerais poser la question décisive : y a-t-il la moindre opposition entre le mensonge et la conviction? — Tout le monde le croit; mais que ne croit pas tout le monde? Toute conviction a son histoire, ses formes primitives, ses tentatives et ses échecs : elle devient conviction après une longue période pendant laquelle elle ne l'était pas, et une plus longue encore où elle l'était à peine. Eh quoi? Parmi ces formes embryonnaires de la conviction, ne pourrait-il y avoir aussi le mensonge? — Il suffit parfois d'une substitution de personne : ce qui était encore mensonge chez le père devient conviction chez le fils.
Nietzsche, L'Antéchrist, §55, 1895

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